Le Parisien — Au secours, la clope est de retour !

café vape

Le Parisien du 9 juillet interroge l’Aiduce. Le journal s’inquiète de la remontée du tabagisme constatées ces derniers mois dans un article abordant avec sérieux les différentes causes et en interrogeant les acteurs clés des facettes multiples de la lutte contre le tabagisme, de Michèle Delaunay à Philippe Presles et passant par Bertrand Dautzenberg et Brice Lepoutre, président de l’Aiduce.

L’Aiduce constate la baisse des ventes des différentes boutiques et l’associe “à toutes ces pseudo-études affirmant par exemple — avant d’être scientifiquement contredites — que l’e-cigarette serait plus cancérigène que le tabac”. “Absurde, juge le pneumologue Bertrand Dautzenberg : [la vaporette] n’est pas plus toxique qu’un inhalateur de nicotine vendu en pharmacie.” “Or, une fois glissé dans le cerveau, le doute est tenace”, déplore le tabacologue Philippe Presles, quand Madame Delaunay reconnaît “une baisse relative parmi les gros fumeurs qui se sont mis à vapoter”.

Mais l’Aiduce déplore tout autant “le brouillage du discours politique qui assimile vapoteur et fumeur dans le même dénigrement social”, et son effet sur le public mais aussi sur les entreprises qui ont tôt fait de transcrire dans leur règlements intérieurs, assimilant vapoteurs et fumeurs dans des mesures disproportionnées et dangereuses (souvent en partielle contravention avec l’avis du Conseil d’Etat et l’éventuelle future loi de santé), exposant les vapoteurs au tabagisme de leurs collègues et au final les ramenant au tabac dans près de la moitié des cas.

Bravo au Parisien pour cet article très complet et d’une trop rare objectivité.

Le Parisien, Claudine Proust, 9 juillet 2015, p2-3

Pour la première fois depuis 2009 les ventes de cigarettes augmentent. La tendance inquiète alors que le Sénat termine aujourd’hui ses auditions sur le plan antitabac.

OH ET PUIS ZUT ! Je descends m’en fumer une… une vraie !” Après des mois d’abstinence peut-être, soutenus par la vapeur nicotinée d’une e-cigarette, combien sont-ils à avoir ainsi franchi le tourniquet de leur entreprise pour à nouveau marquer leurs pauses clope sur le trottoir ?

En mars, le dernier baromètre mensuel de l’Observatoire français des drogues et toxicomanies (en panne de réactualisation faute de données transmises par les douanes) pointait une progression de 7% des ventes de cigarettes par rapport à mars 2014 et un niveau record à + 12% des ventes de tabac à rouler. Soit, sur les trois premiers mois de l’année, une progression de 0,5%.

Phénomène ponctuel ? Pas sûr. Même s’il faut attendre les statistiques des prochains mois pour affiner cette tendance, qui se perçoit aussi au pied des immeubles de quelques quartiers d’affaires où l’on croise à nouveau des groupes de fumeurs.

Alors que le Sénat boucle ce matin ses auditions afin de se pencher, dès le 8 septembre, sur l’examen du plan de réduction du tabac — déjà adopté en première lecture à l’Assemblée — et que l’OMS (Organisation mondiale de la santé) vient, dans un rapport paru avant-hier, de supplier les Etats de taxer violemment le tabac, les cigarettiers sourient sur le site Lemondedutabac.com : “A la fin juin, et en cumul depuis le début de l’année, le marché des cigarettes connaît une progression de 0,3% en volume ; celui du tabac à rouler, une hausse de 5,8%. Frémissement notable après une année 2014 qui accusait une baisse de 5,3% des ventes, en dégradation constante depuis 2009.”

On joue avec le feu

Dans le même temps, le marché de l’e-cigarette, lui, fait la grimace et y voit clairement une relation de cause à effet. A trop brouiller le message, assimiler vapoteurs et fumeurs, tout en préservant les accros à la cigarette d’un gros coup au portemonnaie, jusque dans un plan antitabac jugé trop tiède en matière de santé publique, on joue avec le feu, jugent nombre de pneumologues et tabacologues.

“Il faudrait que le paquet passe le seuil de 10€”

Michèle Delaunay, députée socialiste de Gironde et cancérologue

TRÈS ENGAGÉE dans la lutte contre le tabagisme, l’ex-ministre du gouvernement Ayrault milite pour des mesures radicales.

Propos recueillis par FLORA GENOUX

Le regain de tabagisme vous surprend-il ?

MICHÈLE DELAUNAY. Pas totalement. S’il y a une baisse relative parmi les gros fumeurs qui se sont mis à vapoter, on sait en revanche que le tabagisme féminin augmente de façon épidémique, en particulier chez les plus jeunes qui pensent que fumer permet de rester mince ! Les cigarettiers exercent une très forte pression sur ce public, avec des formats slims, notamment, qui entretiennent cette idée de minceur et d’élégance. Il existe aussi un sponsoring caché de l’industrie du cinéma par celle du tabac : le nombre de scènes où des acteurs fument a augmenté. Aujourd’hui le tabac est présent dans 80% des films !

Paquet neutre, interdiction de fumer en voiture quand un enfant s’y trouve… Ces mesures peuvent-elles infléchir la tendance ?

Elles permettent de débanaliser l’image du tabac, notamment auprès des enfants. Mais elles sont insuffisantes. La seule façon efficace de diminuer la consommation et de lutter contre l’entrée en tabagisme des jeunes est l’augmentation du prix en une seule fois et de façon significative. Les petites hausses successives comme ces dernières années n’amènent pas de baisse. Il faudrait que le paquet passe le seuil symbolique de 10€. Or il n’a pas augmenté cette année. Le gouvernement m’a promis que ce serait le cas en 2016. J’y veillerai.

Quelles autres décisions permettraient de faire baisser la consommation ?

Il est aussi nécessaire de lutter contre le commerce illicite et d’harmoniser la fiscalité au niveau européen. Je souhaite aussi que l’action de groupe soit possible contre les cigarettiers, comme aux Etats-Unis ou au Canada. Actuellement, 78 000 personnes meurent du tabac en France chaque année et il faudrait que les familles puissent obtenir réparation. Il est aussi nécessaire d’aligner la fiscalité du tabac à rouler sur celle du tabac classique. Son prix est aujourd’hui de 30 % inférieur et sa consommation augmente régulièrement, notamment parce qu’il est prisé des jeunes.

Il est également indispensable d’harmoniser le prix du tabac en France : en Corse il est toujours 25 % moins cher. L’Europe nous a sommés d’aligner les prix corses à ceux du continent et j’espère que ce sera bien le cas d’ici à janvier 2016.

Lutter contre le tabac, c’est aussi des recettes en moins pour l’Etat…

Je n’accuse personne. Cette situation est la même dans tous les pays européens : il existe une réelle schizophrénie. D’un côté, les recettes du tabac représentent 14Mds€ chaque année. De l’autre, les dépenses sanitaires et sociales pèsent 47Mds. Mais, si on lutte aujourd’hui contre le tabac, on ne mesurera les bénéfices financiers que dans vingt ans. Le ministre qui portera le combat de la lutte contre le tabagisme entrera dans l’histoire. Il faut lutter contre le tabac comme on lutte contre la peine de mort.

Message brouillé sur le prix

LA REPRISE de la consommation qui se profile depuis le début de l’année n’a qu’un coupable, selon le pneumologue Bertrand Dautzenberg : le gouvernement. L’une des mesures, reconnue pour avoir un impact significatif à long terme, a été déminée à l’automne dans le cadre de la loi de… finances. “Une nuit, alors qu’il ne restait plus qu’une poignée de députés, bras armés des cigarettiers, il a été décidé de supprimer le mécanisme qui indexait automatiquement l’augmentation des taxes sur toute hausse du prix de vente du tabac (NDLR : toute hausse du prix bénéficie désormais essentiellement aux cigarettiers).

Ce faisant, l’Etat leur a fait un cadeau de plus de 100 M€ et envoyé un signal exactement inverse de ce qu’il fallait aux fumeurs.” Lesquels ne se plaignent évidemment pas de n’avoir pas vu s’envoler le prix de leur cher paquet au-delà de 7€. Pour la première fois depuis cinq ans, il n’y a d’ailleurs pas eu de hausse de 0,30€ en janvier.

Pourtant, l’Organisation mondiale de la santé l’a encore rappelé il y a deux jours, lançant un appel à tous les gouvernements : “La hausse des taxes sur les produits du tabac est l’un des moyens les plus efficaces et les moins coûteux pour réduire la consommation de produits qui tuent, tout en générant des revenus substantiels.” “Et tous les pays qui, comme la Suède, l’Australie, ou la Grande-Bretagne, obtiennent une baisse de la consommation de tabac ont conjugué hausse drastique des taxes sur le tabac (donc de son prix) et promotion des produits de substitution, e-cigarette comprise”, analyse le tabacologue Philippe Presles.

Un plan trop tiède ?

C’ÉTAIT UN AXE des plus attendus du plan Cancer 3, le tabac étant l’une des premières causes de mortalité par cancers : lors de sa présentation officielle à la Mutualité, en février 2014, le président de la République n’a pas déçu ceux qui l’attendaient sur ce point, annonçant qu’il mandatait sa ministre de la Santé pour lui présenter avant l’été 2014 un “plan de réduction du tabagisme”. Avec un objectif clair : faire chuter le nombre de fumeurs de 30 à 20% de la population française. Une baisse dont la nécessité ne se dément pas, vu les résultats de l’eurobaromètre 2015.

Cette enquête, régulièrement réalisée par la Commission européenne, révèle que l’Hexagone compte désormais 32% d’accros à la cigarette… contre 28% en 2012 ! “La France, qui se trouvait alors dans la moyenne des pays européens, se retrouve dans le quatuor de queue. Même la Pologne ou la Hongrie font mieux”, soupire le pneumologue Bertrand Dautzenberg.

Le plan antitabac, il est vrai, n’a pas encore pu produire d’effets. Il n’a pas encore vu le jour. “Le calendrier, qui le promettait pour l’été 2014, a été assez flou, souligne le tabacologue Philippe Presles. Finalement, on a compris qu’il serait intégré à la loi de santé.” Laquelle sera discutée au Sénat le 8 septembre, avant de refaire la navette vers l’Assemblée pour adoption finale vers décembre. Le temps de l’assortir de décrets, elle ne deviendra effective qu’en 2016.

L’adoption du paquet neutre, contre lequel cigarettiers et buralistes sont en guerre, est la mesure la plus emblématique. Va pour les campagnes d’information choc, l’interdiction de fumer en voiture avec des enfants — et même celle de fumer dans les aires de jeux, déjà adoptée cet été —, destinées à protéger les plus jeunes de la fumée nocive et du mauvais exemple. “Toute mesure contribuant à débanaliser la cigarette est effectivement bonne à prendre, mais… insuffisante”, jugent les militants antitabac.

L’e-cigarette marque le pas

Effet de balancier ? Tandis que les ventes de tabac reprennent, l’e-cigarette marque le pas. “Des boutiques baissent le rideau. Toutes, y compris sur le Net, voient leur chiffre d’affaires baisser”, observe Brice Lepoutre, président de l’Aiduce (Association indépendante des utilisateurs de cigarette électronique). Rien à voir avec l’autorégulation d’un marché qui a vu un temps pousser les échoppes comme des champignons depuis 2011. Deux millions de Français s’y sont mis, pour moitié des vapoteurs réguliers. Alors que les médecins, d’abord circonspects, ont fini par la recommander, la vaporette nage aujourd’hui en plein brouillard. La faute, explique Brice Lepoutre, “à toutes ces pseudo-études affirmant par exemple — avant d’être scientifiquement contredites — que l’e-cigarette serait plus cancérigène que le tabac”. “Absurde, juge le pneumologue Bertrand Dautzenberg : elle n’est pas plus toxique qu’un inhalateur de nicotine vendu en pharmacie.”

“Or, une fois glissé dans le cerveau, le doute est tenace”, déplore le tabacologue Philippe Presles. Membre du comité scientifique de SOS Addictions, il passe désormais un quart d’heure à convaincre les hésitants, là où quelques minutes suffisaient il y a un an. S’y ajoute “le brouillage du discours politique qui assimile vapoteur et fumeur dans le même dénigrement social”, poursuit l’Aiduce. Comme l’interdiction de vapoter dans les lieux publics inscrite au plan tabac. “Ou lorsque la ministre annonce l’imminence de l’interdiction au bureau… qui ne sera pourtant légale qu’une fois le plan antitabac adopté !” Sauf que quelques DRH l’ont déjà transcrite dans des règlements intérieurs. “Cela pousse à reprendre le tabac : l’effet d’une cigarette dure une heure, trois bouffées d’e-cigarette, un quart d’heure…” Selon un pointage réalisé par l’Aiduce dans des entreprises qui ont déjà banni les vapoteurs du bureau, 50% de ceux qui ne fumaient plus grâce à l’e-cigarette redescendent désormais se griller une clope.

Source : Le Parisien du 9 juillet 2015

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4 commentaires sur “Le Parisien — Au secours, la clope est de retour !
  1. gillou dit :

    super pour nos ami frontalier ! moins chère et sans restriction comme les cartouches de tueuses ,voir Belgique,Espagne sa y vas a fond la caisse et notre pognons se barre encore et encore de notre chère France, du-moins ce qu il en reste … alors balancer le paquet a 10 nono sa risque de grincer des dents, moi j ai arrêter il y a 2 ans et merci la vapote !!! a oui mes dernières analyse de sang sont au beaux fixe depuis l arrêt de la clopes, qu ont se le dise .

  2. vapot'man dit :

    Je vous demande de vous arrêter …de fumer.

  3. Laurent EL dit :

    Bonjour AIDUCE,
    « Au secours, la clope est de retour ! » avec une image d’une Ecig sous ce titre : bravo 🙁

    Les images ont, on le sait tous un impact + important que les textes, et l’association de « au secours la clope est de retour » (= aie aie c’est « le » mal) avec une image de Ecig est très ma venu. Cela favorise dans l’inconscient collectif que Ecig = le mal.

    « le poids des mots, le choc des photos » tellement vrai 🙁

  4. westsand dit :

    Ça c’est du journalisme !!

    Bravo !

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